Publié le : Aug 19, 2020
Publié par :
Dr Jason Busse
Zoe Knowles
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L’épidémie d’opioïdes fait partie des plus grands défis à relever pour les vétérans au Canada et aux États-Unis.

Le Canada est le deuxième plus grand consommateur d’opioïdes par habitant du monde, après les États-Unis, ce qui a contribué à l’augmentation des taux de mésusage, de dépendance et d’accoutumance.  

Le 18 août 2020, mon équipe et moi avons publié deux articles dans la revue Annals of Internal Medicinedans lesquels nous avons exploré les facteurs liés à un usage persistant des opioïdes après des blessures musculosquelettiques qui causent des douleurs aiguës (article complet ici); nous avons ensuite comparé l’efficacité des opioïdes à celle d’autres traitements de gestion de la douleur attribuable à des blessures aiguës (article complet ici). Ces projets ont été réalisés en collaboration avec des chercheurs de l’Université McMaster, de l’Université de Toronto, de l’Université de la Colombie-Britannique, de l’Université Columbia, de l’Université Stanford et d’autres aux États-Unis, en Irlande et en Iran.

Nous avons observé que les vétérans courent un risque supérieur d’usage prolongé des opioïdes après une blessure musculosquelettique aiguë (p. ex., une foulure de la cheville). Nos travaux montrent également que les opioïdes ne sont pas plus efficaces pour gérer la douleur aiguë que d’autres traitements comme les anti-inflammatoires et qu’ils risquent plus que les autres traitements d’être dommageables. En clair, les opioïdes ne sont pas plus efficaces que les solutions de rechange et sont plus nocifs, alors pourquoi les utiliser?

Toute douleur chronique a d’abord été une douleur aiguë et l’amélioration du traitement de la douleur aiguë peut éviter qu’elle ne se transforme en douleur chronique.

Constatation no 1 : Les vétérans sont plus exposés au risque d’un usage prolongé des opioïdes après une blessure aiguë

Notre premier article porte sur la prévalence de l’usage prolongé des opioïdes une fois qu’ils ont été prescrits pour une blessure aiguë, de même que sur les facteurs qui exposent un patient à un risque accru d’usage persistant.

Nous avons constaté que les vétérans qui soumettent des demandes de prestations de maladie au ministère américain des Anciens combattants (« USVA »), les patients qui ont eu ou qui ont des troubles liés à l’usage d’une substance ou ceux qui reçoivent des prestations en remplacement du salaire sont plus susceptibles de prolonger l’usage des opioïdes que les patients atteints de douleur aiguë qui ne présentent pas ces caractéristiques (27 % comparativement à 6 %).

Les cliniciens prescrivent des opioïdes pour soulager la douleur, mais l’usage prolongé mène à la dépendance physique, ce qui veut dire qu’il faut continuer à les prendre pour éviter les symptômes de sevrage. À ce moment-là, il peut être difficile d’arrêter les opioïdes, même si on le veut.

L’USVA donne des conseils sur la façon de réduire le risque de dépendance aux opioïdes ici.

Nos recherches ont également montré qu’éviter de prescrire des opioïdes pour les douleurs aiguës causées par des blessures musculosquelettiques aux patients qui ont eu ou qui ont un trouble lié à l’usage d’une substance, que restreindre la durée de l’usage à sept jours ou moins et que prescrire des doses plus faibles lorsqu’ils sont prescrits, peuvent être des moyens utiles de limiter l’usage prolongé des opioïdes.

Constatation no 2 : Les opioïdes ne sont pas plus efficaces que les solutions de rechange en gestion de la douleur aiguë, mais ils sont plus nocifs

Il existe de nombreux traitements pour gérer la douleur aiguë causée par une blessure musculosquelettique et idéalement, les patients choisiraient les thérapies qui font partie des plus efficaces et des moins nocives.

Cette solution semble simple, mais elle est plus complexe qu’il n’y paraît parce que la plupart des essais cliniques évaluent l’efficacité des stratégies de gestion de la douleur en comparant ces dernières à un placebo. Cependant, lorsqu’un patient souffre d’une douleur aiguë, il ne se dit pas : « Je prendrai soit ce médicament, soit rien du tout ». Mon équipe et moi avons donc évalué l’efficacité d’un traitement en le classant en fonction du rendement de chaque traitement par rapport aux autres traitements dans ce qu’on appelle une analyse comparative ou une « méta-analyse en réseau ».

Nous avons appris que les opioïdes ne sont pas plus efficaces que les options de traitement sans opioïde pour les douleurs aiguës non lombaires. En fait, aucun opioïde n’a procuré plus de bienfaits que les anti-inflammatoires topiques (en crème) ou par voie orale (pilule) appelés « anti-inflammatoires non stéroïdiens » ou AINS. Ces anti-inflammatoires topiques ou par voie orale offrent une gestion de la douleur semblable à court et à long terme et moins d’effets indésirables comme les douleurs d’estomac, la nausée, les étourdissements et la fatigue.

Nous utilisons actuellement au Centre d’excellence une méta-analyse en réseau pour évaluer l’efficacité des traitements de gestion de la douleur pour différents états de douleur chronique. Même si chez certains patients, la poursuite de l’usage des opioïdes pour gérer la douleur chronique, en consultation avec l’équipe de soins, donne de bons résultats, l’usage prolongé des opioïdes est associé à des effets indésirables tels que la constipation, des problèmes de respiration pendant le sommeil, des fractures, des changements hormonaux et des surdoses.

Comment peut-on utiliser ces recherches pour aider les vétérans qui vivent avec la douleur

Nos constatations peuvent aider à améliorer la façon dont les cliniciens traitent les vétérans qui vivent de la douleur en encourageant ces derniers à limiter la prescription d’opioïdes à sept jours ou moins à la suite d’une blessure aiguë et à revoir la prescription d’opioïdes à des groupes à haut risque comme les vétérans.

En 2013, l’USVA a mis en œuvre l’initiative sur la sécurité des opioïdes (en anglais : Opioid Safety Initiativeou OSI), un programme national conçu pour diminuer les prescriptions d’opioïdes aux vétérans en regroupant les données des dossiers médicaux électroniques en un seul tableau de bord pour que les cliniciens et les dirigeants cliniques du ministère puissent examiner tout facteur de risque élevé, susceptible d’entraîner l’apparition d’un trouble lié à l’usage d’opioïdes. La politique a remporté un immense succès : en 2019, le programme avait réduit la prescription d’opioïdes de plus de 50 %. Au lieu de commencer le traitement de gestion de la douleur d’un vétéran par les opioïdes, le programme encourage les cliniciens à offrir des thérapies de gestion de la douleur complémentaires comme le yoga, la chiropractie, le tai-chi, le biofeedback et l’usage d’anti-inflammatoires (AINS) topiques ou par voie orale.

Pensez-vous à des idées de recherche qui pourraient, à votre avis, améliorer le bien-être des vétérans vivant avec la douleur chronique? Envoyez-nous vos recommandations de recherche à info@vcp-vdc.ca.

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